Bon week-end, et surtout… restez optimistes

Toute ressemblance avec des situations réelles de travail est, en principe, parfaitement intentionnelle.

Le vendredi après-midi a parfois ses délicatesses. Une annonce pénible, quelques visages un peu fermés, puis cette invitation presque bienveillante à regarder les choses autrement. Il faut prendre de la hauteur. Garder de la perspective. Et, dans la mesure du possible, rester optimiste. Le week-end approche, après tout.

C'est une scène assez contemporaine. Une mauvaise nouvelle vient d'être posée. Elle n'est pas forcément contestable dans son existence. Elle est là. Elle produira des effets. Mais très vite, une deuxième opération commence : il faut encadrer la réception émotionnelle de la nouvelle.

Autrement dit, il ne suffit plus qu'une décision soit prise. Il faut encore que sa digestion soit convenablement orientée.

Une pédagogie du ressenti convenable

On ne nie pas tout à fait la difficulté. Ce serait trop visible. On la recadre. On explique qu'il faut voir plus loin, ne pas s'arrêter à la première impression, rester constructif, éviter de se laisser envahir par une lecture trop négative. En somme, on accorde aux salariés le droit d'être affectés, à condition de l'être avec modération, élégance et esprit d'ouverture.

Le procédé est habile. Il permet de déplacer légèrement le centre du problème. Ce qui fatigue n'est plus tout à fait la décision. C'est aussi, semble-t-il, la manière dont certains persistent à la trouver fatigante. On voit alors se dessiner une exigence assez particulière : il ne suffit plus de tenir. Il faut encore tenir dans de bonnes dispositions intérieures.

Or tout n'est pas qu'une question de perspective. Certaines choses sont aussi une question de charge réelle, de perte réelle, de lassitude très peu conceptuelle. Et il n'y a rien de particulièrement immature à ne pas accueillir avec enthousiasme une décision qui complique le réel de travail.

L'optimisme change de nature dès qu'il devient une consigne adressée à ceux qui viennent précisément de recevoir une nouvelle qu'ils ont de bonnes raisons de mal vivre. À partir de là, il ne soutient plus. Il devient un correctif de ressenti.

Être professionnel dans sa manière d'encaisser

Non seulement il faut absorber la décision. Mais il faut encore présenter une version psychiquement acceptable de son propre inconfort. Il ne suffit plus d'être professionnel dans son travail. Il faut aussi l'être dans sa manière d'encaisser.

On en vient parfois à cette étrange situation où la lucidité paraît presque déplacée. Voir que la décision est dure devient une forme de négativité. Dire qu'elle inquiète devient un défaut de recul. Manifester un malaise devient un déficit de perspective. Le langage du soutien glisse alors, presque sans bruit, vers une pédagogie du ressenti convenable.

Et pourtant, une mauvaise nouvelle peut rester une mauvaise nouvelle sans que cela menace l'édifice collectif.

Une organisation adulte peut laisser le temps aux affects ordinaires

Il devrait être possible, dans une organisation adulte, d'annoncer une décision difficile sans exiger immédiatement qu'elle soit métabolisée sous le signe de la croissance personnelle. Il devrait être possible de laisser un temps aux affects ordinaires : la déception, l'agacement, la fatigue, l'inquiétude, parfois la colère. Non pour les sacraliser. Non pour s'y installer. Mais simplement parce qu'ils font partie d'une réception normale du réel.

Reconnaître qu'une situation est pénible n'empêche pas d'être solide. Dire qu'une annonce tombe mal n'empêche pas d'être engagé. Et tout le monde n'a pas vocation, dans l'heure qui suit une mauvaise nouvelle, à devenir ambassadeur bénévole de la relecture positive.

C'est même peut-être une forme assez élémentaire de santé au travail que de laisser aux gens le droit de ne pas appeler "opportunité" ce qui ressemble encore très nettement à un problème.

Il existe des annonces dont la meilleure qualité n'est pas de révéler notre capacité à positiver, mais simplement de nous rappeler qu'au travail aussi, le réel a parfois mauvais goût.

Bon week-end, donc.

Et surtout… restez optimistes.

Mais sans vous sentir obligés d'appeler "bonne nouvelle" ce qui ne l'est manifestement pas.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
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