Absentéisme : et si c’était, d’abord, une question de santé publique ?

Toute ressemblance avec des situations réelles de travail est, en principe, parfaitement intentionnelle.

Je vais rester à ma petite place, avec ma petite parole. Je n'apporte ici ni solution, ni doctrine, ni réponse bien emballée. J'ai seulement quelques questions, quelques chiffres, et cette manie un peu tenace : quand je ne comprends pas, je cherche.

En ce moment, je regarde ce qui se dit sur l'absentéisme. L'État revient très nettement sur ce terrain, avec une stratégie présentée en avril 2026 pour « réduire l'absence au travail », améliorer la prévention des arrêts et renforcer la lutte contre les comportements abusifs. Le sujet est suffisamment sérieux pour devenir un objet de politique publique à part entière.

Les chiffres donnent du poids à cette reprise en main. L'Assurance maladie indique que les dépenses d'indemnités journalières ont augmenté de 27,9 % entre 2019 et 2023 — 60 % de cette hausse s'expliquant par des facteurs démographiques et économiques, le reste par l'augmentation de la fréquence et de la durée des arrêts. Il y a bien un mouvement, et il coûte. Je ne le conteste pas.

Mais ce que je comprends moins bien, c'est notre manière de poser le problème.

Un défaut de présence ou un indice de l'état de santé collectif ?

Pourquoi regardons-nous presque toujours l'absentéisme comme un défaut de présence au travail, et beaucoup plus rarement comme un indice de l'état de santé collectif ? La Dares rappelait déjà que les absences pour raisons de santé sont fortement liées aux conditions de travail, et qu'une exposition accrue aux risques physiques et psychosociaux détériore l'état de santé et a aussi un impact sur le recours aux soins. Là encore, on peut parler d'organisation, de coût, de contrôle. Mais on peut aussi, tout simplement, parler de santé.

Et puis il y a ceux qu'on regarde moins. Ceux qui ne sont pas absents de leur poste, parce qu'ils n'ont déjà plus de poste. En cumulant chômage et halo autour du chômage, 10,1 % des 15-64 ans sont sans emploi et souhaitent travailler (INSEE, 2023). Pourquoi parlons-nous tant de ceux qui s'arrêtent, et si peu de ceux qui ont déjà décroché, ou qui restent au bord du travail sans parvenir à y entrer ou à y revenir ?

Un pays où près d'un adulte sur six traverse un épisode dépressif (Santé publique France, 2024) n'est peut-être pas un pays où l'on peut traiter les arrêts de travail comme un simple problème de discipline de présence.

L'état sanitaire plus large de la population

Les données sur les publics les plus fragilisés vont dans le même sens. La DREES relève que 29 % des bénéficiaires de minima sociaux se déclarent en mauvais ou très mauvais état de santé, contre 8 % de l'ensemble de la population ; 58 % déclarent au moins une maladie chronique, et 26 % présentent un risque de dépression, contre 10 % des actifs occupés.

Cela ne veut pas dire que toute absence au travail s'explique par la santé publique. Cela veut seulement dire qu'il devient difficile de parler sérieusement d'absentéisme sans regarder l'état sanitaire plus large de la population.

Alors oui, il existe sans doute des abus. Oui, il existe une question de financement. Oui, les employeurs ont leurs contraintes, très concrètes. Mais à force de vouloir traquer l'arrêt, on risque parfois de contourner la question la plus gênante : dans quel état de santé demande-t-on aux gens de travailler, de tenir, de reprendre, ou simplement de rester disponibles pour travailler ?

Il m'arrive même de me demander si le mot absentéisme n'est pas parfois un mot pratique pour parler de tout, sauf de l'essentiel.

À force de compter les absents, on oublie parfois de regarder dans quel état sont les présents, les sortants, et ceux qui essaient encore d'entrer.

Je n'ai pas de conclusion triomphante.
Seulement ce doute : et si l'absentéisme était moins un problème de présence qu'un signal de santé publique que nous préférons encore appeler autrement ?

À votre santé.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
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