Être en santé avec sa maladie, aussi sur son poste de travail

Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé en entreprise ne relève pas de la coïncidence.

Nous pensons encore trop souvent la santé comme l'absence de maladie. Comme si l'on était d'un côté en santé, de l'autre malade. Comme si, au travail, la seule alternative était de tenir comme avant ou de sortir.

Or beaucoup de vies ne ressemblent pas à cette géographie binaire.

On peut vivre avec une maladie. On peut travailler avec elle. On peut être fragilisé sans être effacé. On peut avoir besoin d'ajustements sans vouloir être réduit à une seule identité de malade. Et l'on peut, aussi, chercher une forme de santé avec sa maladie, y compris sur son poste de travail.

La vraie question n'est pas toujours de savoir si la maladie empêche de travailler. Elle est souvent de savoir si l'organisation permet encore de travailler sans se perdre, sans se dégrader davantage, sans avoir à choisir trop vite entre se taire, s'épuiser ou sortir de l'emploi.

Ce qu'être en santé avec sa maladie veut dire

Être en santé avec sa maladie ne veut pas dire vivre comme si elle n'existait pas. Cela veut dire autre chose : trouver, autour d'elle, une forme d'équilibre praticable. Un rythme. Un poste. Des marges. Des appuis. Une manière de tenir l'emploi sans être sommé de nier ce que le corps, la fatigue, les traitements, les douleurs, les incertitudes changent dans la vie.

Et c'est ici que l'entreprise entre en scène. Non pour guérir. Non pour tout compenser. Non pour faire disparaître la maladie. Mais pour ne pas ajouter de la rigidité là où il faut déjà beaucoup d'ajustement.

Une entreprise vraiment humaine est une entreprise qui n'oblige pas les personnes à sortir pour la seule raison qu'elle n'a pas su assouplir son cadre.

Les outils qui existent — et qu'on utilise trop peu

Dans le secteur privé, un arrêt de plus de 30 jours peut donner lieu à un rendez-vous de liaison, facultatif, avec participation du service de prévention et de santé au travail, afin d'anticiper les conditions de reprise et d'évoquer les mesures d'aménagement possibles. La visite de préreprise a précisément pour objet de favoriser le maintien dans l'emploi — le médecin du travail peut y recommander des adaptations de poste ou des formations en vue d'une réorientation professionnelle.

Le temps partiel thérapeutique fait aussi partie de ces ajustements trop souvent regardés comme extraordinaires alors qu'ils appartiennent, en droit, à une logique de continuité. Il peut être recommandé lorsque le maintien ou la reprise du travail est de nature à favoriser l'amélioration de l'état de santé — et il n'a même pas besoin d'être immédiatement consécutif à l'arrêt.

Dans la fonction publique, le congé de longue maladie peut aller jusqu'à trois ans, continu ou discontinu, par périodes de trois à six mois. À son issue, le poste peut être adapté ou un reclassement envisagé sur un emploi compatible avec l'état de santé.

ALD, RQTH, invalidité : des logiques qui se croisent sans se confondre

Toutes les maladies qui fragilisent l'emploi ne prennent pas nécessairement la forme d'un handicap reconnu. Une ALD relève d'abord d'un régime de prise en charge des soins par l'Assurance maladie. La RQTH relève d'une reconnaissance par la CDAPH dans le champ du handicap. La pension d'invalidité, enfin, vise à compenser une réduction durable de la capacité de travail d'au moins 66 %. Ces logiques peuvent se croiser — elles ne se confondent pas.

Certaines pathologies chroniques, certaines suites de maladie, certaines fatigues lourdes n'ouvrent pas spontanément sur une RQTH, et pourtant elles fragilisent le lien au travail. La pension d'invalidité peut alors compenser cette perte de capacité — et elle peut, sous conditions, se cumuler avec une activité professionnelle. Lorsqu'une RQTH existe, le dispositif d'emploi accompagné peut également sécuriser le maintien, avec un accompagnement personnalisé et durable.

Le cœur du sujet n'est pas administratif — il est culturel

Une organisation souple permet d'être en santé avec sa maladie sur son poste de travail lorsqu'elle cesse de penser en tout ou rien. Lorsqu'elle n'oblige pas chacun à choisir entre l'effacement de la maladie et la disparition du salarié. Lorsqu'elle comprend qu'une personne peut rester compétente, utile, investie, tout en ayant besoin d'un autre rythme, d'une autre manière de tenir.

Il faut des managers capables d'entendre qu'un besoin d'ajustement n'est pas un privilège. Il faut des RH capables de ne pas lire toute fragilité sous l'angle du problème à déplacer. Il faut des services de prévention saisis tôt, pas seulement quand tout s'est déjà dégradé. Et il faut des relais de parole et de confiance.

C'est là que le service de santé au travail et le service social du travail peuvent compter ensemble. Le premier pour éclairer, recommander, objectiver, penser l'articulation entre santé et poste. Le second pour soutenir, conseiller, orienter, aider à ne pas porter seul les démarches, les droits, les arbitrages de vie, les inquiétudes matérielles ou administratives qui viennent souvent compliquer encore la maladie.

Avons-nous construit des organisations assez souples pour qu'une personne n'ait pas à sortir du travail faute d'avoir pu y rester autrement ?

Une entreprise montre ce qu'elle vaut vraiment non quand tout le monde va bien — mais lorsqu'elle sait faire une place tenable à ceux dont la santé demande autre chose qu'une simple injonction à tenir.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
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