Le coaching a-t-il tout remplacé ?

Toute ressemblance avec des situations réelles de travail est, en principe, parfaitement intentionnelle.

On voit des coachs partout. Coach de vie, coach professionnel, coach en reconversion, coach en confiance, coach en posture, coach en leadership. Le mot s'est installé dans le paysage avec une facilité remarquable. Il paraît moderne, mobile, presque évident. À force, il donne l'impression qu'une existence adulte un peu sérieuse devrait, d'une manière ou d'une autre, passer par là.

Le sujet n'est pas de contester son utilité. Le coaching peut aider. Il peut soutenir, éclairer, remettre en mouvement, offrir un espace précieux de recul et de travail. Ce n'est donc pas son existence qui interroge, ni même le fait d'y recourir. Ce qui mérite notre attention, c'est moins le coaching lui-même que la place symbolique qu'il a prise — ou que nous avons fini par lui accorder.

Car ce mot ne dit pas seulement l'aide. Il dit une certaine manière d'être aidé.

L'aide rhabillée d'autonomie

Dans le coaching, il y a d'emblée quelque chose de l'élan. Le mot porte avec lui une idée de progression, de mouvement, d'entraînement, presque de performance. Il ne désigne pas seulement la présence d'un tiers ; il suggère qu'avec ce tiers, on avance.

Dans le langage contemporain du travail, l'appui prend ainsi une forme très particulière. On ne demande plus simplement de l'aide : on travaille sur soi. On ne cherche plus seulement un point d'appui : on investit dans son développement. On ne traverse pas un moment de flottement : on clarifie son positionnement. Le mot donne au besoin de soutien une tenue particulière, presque une élégance.

Il faut reconnaître à cette forme un vrai pouvoir symbolique. Elle permet d'être accompagné sans avoir l'air diminué. Elle autorise la vulnérabilité tout en la rhabillant d'autonomie. Elle transforme l'appui en démarche active, choisie, presque prestigieuse. Avoir un coach ne dit pas seulement qu'on a besoin d'un regard extérieur ; cela suggère aussi qu'on prend sa trajectoire au sérieux.

Le coaching permet de parler d'aide sans tout à fait parler de vulnérabilité. Et c'est sans doute pour cela qu'il occupe aujourd'hui tant d'espace.

Les autres formes d'accompagnement

Pour beaucoup, l'appui existe sous d'autres formes, dans d'autres cadres, avec d'autres professionnels. Il passe par la médecine du travail, le service social du travail, l'accompagnement du handicap, du maintien en emploi, de la reprise après arrêt. Là aussi, il s'agit d'aider quelqu'un à tenir, à reprendre, à éviter une rupture, à retrouver une place. Là aussi, il est question d'être soutenu. Mais on n'est plus dans le même récit.

Nous parlons beaucoup d'inclusion, de vulnérabilité, d'attention aux parcours, d'accompagnement des fragilités. Et dans le même temps, ce qui reste le plus visible, le plus désirable, le plus facilement racontable, c'est encore la forme d'appui qui s'inscrit du côté de l'élan, du développement, de la progression. Comme si l'aide devenait pleinement recevable à condition de ne pas trop ressembler à de l'aide.

L'angle mort est peut-être là.

Non pas dans l'existence des coachs, ni dans leur utilité. Mais dans la discrétion où restent d'autres formes d'accompagnement, souvent plus concrètes, parfois plus décisives, et beaucoup moins présentes dans notre manière contemporaine de raconter une vie qui avance.

Une hiérarchie discrète entre les manières d'être aidé

Il y aurait les appuis qui se présentent bien, qui disent le mouvement, le travail sur soi, la capacité à rebondir. Et puis les autres, plus silencieux, plus techniques, plus concrets, qui aident moins à se raconter qu'à tenir. Les uns donnent du relief à une trajectoire. Les autres évitent simplement qu'elle ne se défasse.

Non pour opposer les coachs aux autres professionnels. Non pour nier ce qu'ils apportent à ceux qui les consultent. Mais parce que leur succès dit quelque chose de notre manière collective d'accepter l'aide. Nous l'acceptons volontiers lorsqu'elle se présente sous les signes du mouvement. Nous la regardons autrement lorsqu'elle se dit en termes de fragilité, de maintien, de reprise, de soutien plus nu.

C'est peut-être aussi pour cela que le mot s'est si bien installé. Il a gardé quelque chose de son imaginaire : l'idée d'un accompagnement orienté vers la progression, le mouvement, l'entraînement. L'appui, oui — mais un appui déjà tiré du côté de l'élan.

Nous sommes nombreux à avoir besoin, un jour ou l'autre, d'un soutien, d'un relais, d'un tiers.

En ce sens, on pourrait presque dire que chacun a son coach.

Simplement, pour beaucoup, cela ne s'appelle pas coaching.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
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