Burn-out : tombé au combat. Dépression : tombé en disgrâce.

Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé en entreprise ne relève pas de la coïncidence.

J'ai voulu que ce titre claque comme une déflagration, qu'il fasse entendre la violence d'un classement : aux uns, la reconnaissance d'avoir trop donné ; aux autres, le soupçon de ne pas être assez forts. Je veux comprendre comment nous en arrivons à reconnaître l'engagement de celui qui parle d'un burn-out et à soupçonner la faiblesse de celui qui révèle une dépression. Ce que nous prétendons entendre de leur santé devient un jugement sur leur valeur. Les personnes ont besoin d'égards. Les préjugés vont devoir supporter l'examen.

Prenons un entretien de recrutement. Il est question d'un parcours, d'une expérience, de ce qu'une personne sait faire et souhaite désormais exercer. Un candidat évoque un burn-out pour expliquer une interruption ou un changement de trajectoire. Le mot arrive avec une histoire disponible : beaucoup d'engagement, une charge devenue excessive, la nécessité de s'arrêter. Il peut trouver sa place dans la présentation des qualités professionnelles. La personne aurait appris à mieux se connaître, à poser ses limites, à choisir un environnement où son investissement pourrait s'exercer autrement.

Ce récit peut être exact, réfléchi, utile à celui qui le formule. Ce qui m'arrête est la fonction que l'information de santé reçoit dans l'échange : elle explique une rupture tout en préservant la valeur du candidat. Quelqu'un aurait donné jusqu'à s'épuiser. Cette manière d'avoir souffert pourrait encore témoigner de sa conscience professionnelle. Le mot ne dit plus seulement ce qui lui est arrivé ; il contribue à soutenir ce qu'il veut faire reconnaître de lui.

Plaçons dans cet entretien une personne ayant traversé une dépression. Elle possède elle aussi des compétences, une expérience, un projet. L'interruption de son parcours peut pourtant lui demander toute une préparation : choisir ses mots, mesurer jusqu'où répondre, expliquer une période sans livrer une information dont elle redoute les conséquences. Elle cherche une phrase assez précise pour ne pas paraître éluder, assez contenue pour ne pas exposer sa santé. Pendant qu'elle présente ses capacités, une autre attention reste mobilisée par ce qu'il lui faut éviter de dire.

Ces circonvolutions ne prouvent ni une intention de tromper ni un manque de franchise. Elles peuvent être le travail nécessaire pour préserver une intimité dans un échange dont l'enjeu est considérable. La personne sait que quelques mots risquent de modifier la lecture de tout ce qu'elle vient d'exposer. Elle parle d'une expérience acquise, d'un problème résolu, d'une responsabilité exercée ; elle craint qu'une information médicale ne suffise à introduire un doute qui n'avait jusque-là aucun appui professionnel.

Dans un récit, l'état de santé peut être mobilisé pour expliquer un engagement excessif. Dans l'autre, il risque d'être interprété comme une réserve sur l'engagement à venir. Une histoire apporte les preuves du trop ; l'autre doit se protéger du soupçon du moins. Moins d'énergie, moins de résistance, moins de fiabilité : une mollesse supposée se glisse dans l'évaluation, alors qu'aucun examen du travail du candidat n'a permis de l'établir.

L'entretien devrait pourtant mettre en regard des compétences, une expérience et les exigences réelles d'un poste. Avoir souffert d'un burn-out ou traversé une dépression ne permet pas, à soi seul, de conclure sur la capacité actuelle à accomplir ce travail. Il faut examiner les responsabilités proposées, les savoir-faire nécessaires, les moyens et les conditions dans lesquels la personne pourra les exercer. L'information de santé ne fournit pas le raccourci qui dispenserait de cette rigueur, qu'elle conduise à admirer ou à se méfier.

Elle n'a pas davantage à devenir le prix d'une explication convaincante du parcours. Une personne peut parler d'une interruption, d'une réorientation et de ce qu'elle recherche sans ouvrir son histoire médicale. La franchise professionnelle ne se mesure pas à la quantité d'intimité rendue disponible. Il existe une différence entre donner les éléments nécessaires à l'examen d'une candidature et livrer tout ce qui pourrait en expliquer les détours.

Je ne reproche donc pas à celui qui évoque un burn-out de trouver les mots avec lesquels il peut raconter sa trajectoire. Je regarde ce qui rend cette parole utilisable dans la présentation de soi, tandis qu'une autre semble devoir rester derrière la porte. Et je regarde la responsabilité de celui qui écoute : entend-il une expérience, ou commence-t-il à distribuer du mérite et du risque à partir de l'appellation ?

Le burn-out ne protège pas partout du jugement. Il peut susciter la crainte d'une difficulté durable, d'une incapacité à supporter les responsabilités ou d'une nouvelle interruption. La dépression peut être reçue avec justesse et sans diminution de la personne. Les réactions ne sont pas uniformes. Mais le mécanisme qui accorde au premier récit les qualités du travailleur et au second les défauts supposés du malade mérite d'être nommé sans être dissous dans ses exceptions.

Ce n'est plus l'état de santé que nous évaluons : c'est la valeur morale que nous attribuons à la manière d'être tombé.

Le titre expose ce classement. « Tombé au combat » conserve une action, un adversaire, une bravoure possible. La personne aurait été atteinte dans l'exercice de qualités estimables. « Tombé en disgrâce » déplace la chute vers ce qu'elle est devenue aux yeux des autres. Le trouble semble retirer de la valeur à celui qu'il atteint, comme si la maladie apportait une information sur son caractère.

Il suffit d'écouter les phrases qui entourent les mots. « Il s'est tellement investi. » « Elle a tout pris sur elle. » « Avec ce qu'il portait, cela devait finir par arriver. » Elles peuvent rendre justice à un engagement longtemps sollicité sans que son coût ait été regardé. Elles peuvent aussi maintenir une condition silencieuse : nous continuerons à estimer la personne parce que sa souffrance raconte encore ses qualités.

Que deviendrait cette estime si le récit ne comportait ni sacrifice ni dévouement exceptionnel ? Une dépression peut atteindre quelqu'un dont la vie ne paraît pas admirable à son entourage, dont les épreuves restent privées, dont les difficultés n'ont pas de cause immédiatement lisible. Elle peut également atteindre une personne engagée, compétente et aimée.

Le mérite ne permet ni de prévoir la maladie ni d'en mesurer la gravité. Il ne devrait pas décider de la considération accordée à celui qui souffre.

La honte se forme aussi dans l'anticipation de notre regard. Elle ne se réduit pas à un sentiment intérieur dont la personne devrait apprendre à se libérer. Celle-ci connaît les commentaires sur celui qui devrait se ressaisir, celle qui se laisserait aller, ces gens auxquels il manquerait de la volonté. Elle peut avoir vu une confidence modifier durablement une relation de travail. Le silence protège alors ce qui reste intact : une place, une crédibilité, la possibilité d'être encore regardé à partir de ses actes.

Goffman aide à comprendre cette extension du jugement. Le stigmate se construit dans la relation entre une caractéristique et les significations que les autres lui attachent. Une information sur la santé risque de devenir une explication totale de quelqu'un. La personne parle d'un état ; son interlocuteur croit apprendre sa nature. Une difficulté de concentration est étendue à son intelligence, une impossibilité momentanée de décider à sa fiabilité, une interruption à toute la suite de son parcours.

La maladie atteint déjà des capacités et une vie quotidienne. Le jugement peut lui ajouter une autre atteinte : celle des possibilités que les autres ne souhaitent plus confier. La personne doit composer avec ce qu'elle traverse et avec les précautions prises autour d'elle, dont certaines finissent par ressembler à des exclusions. Elle choisit ses mots pour être comprise, mais aussi pour éviter qu'ils continuent de parler contre elle après la conversation.

C'est pourquoi l'usage du mot burn-out doit pouvoir être interrogé. Sa circulation a rendu visibles des souffrances longtemps renvoyées au caractère ou à une mauvaise organisation individuelle. Elle a aussi étendu son emploi à des états différents : fatigue, saturation, découragement, désaccord avec les exigences d'un poste, envie de partir, impossibilité de continuer ainsi. Ces expériences réclament de l'attention. Elles ne deviennent pas identiques parce qu'une expression connue permet de les rassembler.

Une personne peut être excédée par son travail sans présenter un syndrome d'épuisement professionnel. Elle peut refuser des conditions qu'elle juge inacceptables sans que ce refus ait à devenir un trouble. Une fatigue appelle une compréhension de la fatigue ; un désaccord professionnel, un examen de ce qui est demandé. Si les difficultés ne deviennent audibles qu'une fois exprimées dans un vocabulaire de santé, l'organisation participe elle-même à cette extension du langage.

Le mot devient intouchable lorsque toute question sur son emploi semble constituer une attaque contre celui qui souffre. Nous voici sommés de choisir entre l'acquiescement et l'insensibilité. Pourtant, prendre une personne au sérieux ne consiste pas à approuver d'emblée l'explication qu'elle propose. Cela consiste à recevoir ce qu'elle éprouve et à permettre que sa compréhension se précise. La confiance dans sa parole n'oblige pas à traiter sa première hypothèse comme une conclusion.

Cette exigence ne doit pas se retourner contre ceux qui cherchent de l'aide. Ils emploient les termes disponibles, ceux qu'ils ont rencontrés dans des témoignages ou entendus auprès de proches et de professionnels. Ils n'ont pas à connaître leur diagnostic avant de consulter. Une formulation imparfaite peut être le commencement d'une démarche juste. La précision sert les soins ; elle ne constitue pas un droit d'entrée dans l'écoute.

Une inquiétude exprimée, une hypothèse d'entourage et une conclusion clinique n'engagent cependant pas la même connaissance. « Je crains de faire un burn-out » signale quelque chose qui demande attention. « Elle fait un burn-out », prononcé à propos d'une collègue, paraît déjà établir son état. Un burn-out a été soupçonné, supputé, subodoré ; au fil des échanges, les précautions disparaissent et l'appellation demeure. La répétition donne à la supposition la stabilité d'un fait.

Le mot peut faire paravent lorsqu'il procure la satisfaction d'avoir compris avant que le travail de compréhension ait eu lieu. La personne a trouvé une façon de parler, l'entourage une histoire qu'il reconnaît, l'entreprise une difficulté qu'elle pense savoir traiter. Chacun retrouve des repères. Mais l'accord sur le vocabulaire ne garantit pas que tous parlent de la même réalité, ni que les réponses nécessaires aient été construites.

Dans la classification internationale de l'OMS, le burn-out est un phénomène lié au contexte professionnel, associé à un stress chronique au travail qui n'a pas été maîtrisé. Sa définition comprend l'épuisement, une distance mentale accrue ou du cynisme envers le travail et une diminution de l'efficacité professionnelle. Il n'y est pas classé comme une maladie. Cette place dans une classification ne diminue ni la réalité de la souffrance ni la nécessité des soins.

La Haute Autorité de santé rappelle qu'un épuisement professionnel appelle une démarche diagnostique : apprécier l'état, rechercher les troubles éventuellement associés et d'autres causes possibles de leurs manifestations, puis déterminer la prise en charge. Une dépression peut être présente. Elle ne doit ni être supposée derrière chaque épuisement ni être écartée parce que le mot burn-out a déjà été posé. L'évaluation doit également examiner les liens avec le travail.

Le burn-out et la dépression ne sont donc pas deux noms entre lesquels choisir selon la réputation souhaitée. Il serait faux de voir dans le premier une dépression avantageusement rebaptisée, comme il serait faux de faire de la seconde un défaut de volonté. Les réalités cliniques réclament leur précision ; nos représentations demandent d'être examinées pour ce qu'elles ajoutent aux difficultés qu'elles prétendent comprendre.

Avons-nous besoin de savoir que quelqu'un a suffisamment donné avant de reconnaître qu'il a besoin d'aide ?

La question doit atteindre jusqu'aux compliments. « Tu t'es toujours trop investi » peut contenir une reconnaissance sincère. La phrase peut aussi refermer l'analyse sur une qualité personnelle devenue excessive. Quelqu'un n'aurait pas su se protéger de lui-même. La charge, les moyens disponibles, les demandes contradictoires et les alertes mal reçues quittent progressivement la scène. L'organisation aurait seulement rencontré une conscience professionnelle incapable de s'économiser.

Une personne peut pourtant s'épuiser parce qu'elle répond d'un résultat sans pouvoir agir sur ses conditions, parce qu'elle reprend indéfiniment ce qui n'a pas été arbitré ou parce que les règles de son métier sont devenues impossibles à tenir. Lui apprendre à poser des limites ne crée pas, à lui seul, la possibilité de les faire respecter. Il reste à regarder ce qu'elle risque lorsqu'elle refuse, ce qu'elle a déjà signalé et ce que ses interlocuteurs ont décidé d'en faire.

Maija Korhonen et Katri Komulainen ont étudié les discours professionnels dans deux programmes de réadaptation en Finlande. Leur analyse montre comment des problèmes liés au travail peuvent être reformulés comme des difficultés dont l'individu doit apprendre à assurer la gestion. Cette recherche située invite à examiner la portée de l'accompagnement : redonne-t-il des possibilités d'agir, ou prépare-t-il surtout la personne à mieux supporter ce que personne ne prévoit de modifier ?

Le paravent se déploie alors devant une autre responsabilité. Le terme a permis de reconnaître une souffrance liée au travail ; la réponse se concentre ensuite sur la personne. Elle doit se reposer, retrouver un équilibre, reprendre son rapport à l'engagement. Pendant ce temps, le fonctionnement qui l'attend peut rester inchangé. L'impression d'avoir compris permet de passer la main ; le fait d'avoir passé la main donne l'impression d'avoir agi. Ces deux écrans peuvent se succéder et se renforcer, laissant dans l'ombre l'état de santé puis les conditions de travail.

À l'inverse, identifier une dépression ne permet pas de classer l'affaire du côté de la vie privée. Une histoire personnelle et une situation professionnelle se rencontrent dans la même vie. Des antécédents ou des épreuves n'annulent pas les effets d'une charge excessive, d'une tension durable ou d'un manque d'appui. Reconnaître cette continuité ne rend pas l'employeur responsable de toute l'existence ; cela lui laisse la responsabilité de ce qui se passe dans le travail.

Il faut donc distinguer les lieux où ces mots peuvent être utiles, les interlocuteurs auxquels ils sont adressés et ce qu'ils permettent de décider. Dans une consultation, parler de son état aide à construire une évaluation et des soins. Avec le médecin du travail, les difficultés peuvent être mises en relation avec les contraintes d'un poste et les possibilités d'adaptation. Avec un professionnel de l'accompagnement, il peut s'agir de comprendre des droits, de préparer une démarche, de retrouver des appuis. Devant un recruteur ou une équipe, la même information change de destination et ne possède plus les mêmes garanties d'usage.

Cette différence ne commande ni de tout dire ni de tout cacher. Elle rend à la personne une question qui lui appartient : qu'a-t-elle besoin de partager, avec qui et dans quel but ? L'existence d'un espace pour parler n'installe aucune obligation de s'exposer ailleurs. Une personne peut choisir de témoigner ; une autre peut conserver sa santé dans le cadre du soin. Le silence de la seconde ne doit pas être interprété comme une faute de transparence, pas plus que la parole de la première ne vaut autorisation de faire circuler son histoire.

L'empathie trouve ici une exigence précise. Elle demande de recevoir une difficulté sans lui imposer un récit qui nous rassure, mais aussi de respecter ce qui ne sera pas confié. Elle ne consiste pas à en savoir le plus possible sur quelqu'un. Elle se mesure à la façon dont nous répondons avec ce qu'il a choisi de nous dire, à notre capacité de l'orienter sans l'abandonner, de reprendre une question de travail sans exiger l'accès à toute son intimité.

La reprise permet de vérifier cette qualité de réponse. Celui qui a été reconnu pour avoir trop donné revient avec la nécessité de donner autrement. Sa demande de limites sera-t-elle reçue avec la même considération que le récit de son dévouement ? La personne ayant traversé une dépression pourra-t-elle travailler sans que chaque fatigue ordinaire réveille un soupçon sur sa solidité ? Dans les deux cas, il faut regarder les capacités présentes et les conditions d'activité, en laissant à chacun un avenir que son état passé n'a pas écrit tout entier.

Le recrutement et la reprise se rejoignent à cet endroit. Une personne doit pouvoir être évaluée sur ce qu'elle peut faire, dans des conditions précises, sans qu'un mot de santé fournisse à lui seul une promesse ou une réserve. L'ancien surinvestissement n'est pas une garantie de compétence ; la dépression traversée n'est pas une preuve de désengagement. La rigueur commence lorsque nous renonçons à ces déductions pour examiner ce qui est demandé et ce qui permet de l'accomplir.

Les mots vivent, et personne n'en possède la franchise. Nous pouvons les employer pour approcher ce qui nous arrive ; nous n'avons pas à devenir les représentants permanents de l'étiquette qu'ils ont rendue disponible.

Une appellation peut ouvrir des soins, une compréhension, des droits. Elle ne devrait pas devenir une enseigne sous laquelle notre valeur serait désormais présentée, reconnue ou diminuée.

C'est cela que je veux rendre à chacun : la possibilité de nommer avec les interlocuteurs qui peuvent aider, de garder pour soi ce qui n'a pas à être exposé, et de ne pas voir sa place dans le travail résumée par cette information. Le burn-out mérite une évaluation précise ; la dépression aussi. La fatigue, le désaccord ou la lassitude réclament d'être entendus pour ce qu'ils sont. Aucun de ces mots ne dispense d'écouter, aucun ne suffit à juger une personne.

Le burn-out n'est pas une décoration à arborer, la dépression n'est pas une défaite à dissimuler. Pas d'étendard. Pas de reddition.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
Suivant
Suivant

Au travail, faut-il mourir pour avoir droit à des égards ?