Retour ou maintien en emploi : ce n’est pas le manque de solutions, mais le défaut de synchronisation des 3 hélices

En matière de retour ou de maintien en emploi, le débat reste encore trop souvent mal posé. On parle des situations d'arrêt prolongé, de fragilité de reprise ou de risque de désinsertion professionnelle comme s'il manquait avant tout des dispositifs.

Sur le terrain, je vois autre chose. Des solutions existent déjà. Des leviers existent. Des temps d'évaluation existent. Ce qui fait défaut, bien souvent, n'est pas l'absence de réponses. C'est leur activation trop tardive. Ou plus précisément encore : c'est l'absence de synchronisation entre les trois lectures qui devraient pourtant se tricoter ensemble beaucoup plus tôt.

J'aime représenter cela comme une dynamique à 3 hélices.

Frise schématique — les trois hélices du maintien en emploi

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Les trois hélices

La première hélice est celle du médecin de ville. C'est l'hélice du soin, de l'évolution clinique, de la fatigue, de la récupération, des limitations fonctionnelles, du vécu du patient, de ce que le corps permet, ne permet plus, ou permet seulement sous certaines conditions.

La deuxième hélice est celle du médecin-conseil. C'est l'hélice de l'évaluation médico-administrative, du regard porté sur la durée de l'arrêt, sur la situation au regard de l'Assurance Maladie, sur la capacité de reprise, sur les possibilités de transition. Il occupe une place charnière que l'on réduit trop souvent à une lecture administrative, alors qu'il participe aussi à ce moment où le parcours ne peut plus être pensé uniquement comme un arrêt à prolonger ou à interrompre, mais comme une transition à sécuriser.

La troisième hélice est celle du médecin du travail. C'est l'hélice du travail réel. Celle qui ne raisonne pas en théorie, mais à partir d'un poste concret, d'une organisation réelle, de contraintes physiques, psychiques, temporelles, relationnelles, d'un environnement précis, de risques identifiés, d'aménagements possibles ou de limites devenues incompatibles avec le poste initial.

Ces trois hélices n'ont ni la même fonction, ni le même tempo, ni le même point d'entrée. Et pourtant, c'est bien de leur articulation que dépend souvent la suite.

Tant que les hélices restent parallèles

Tant que ces trois hélices restent parallèles, la situation avance sans véritable tissage. Le soin suit son cours. L'arrêt se prolonge. Le salarié essaie de récupérer, de comprendre ce qu'il pourra ou non retrouver de sa capacité de travail. Pendant ce temps, la question du poste reste souvent floue, l'entreprise attend, et la projection vers la reprise demeure incertaine.

Puis arrive le moment où il faut « penser le retour ». Mais lorsque cette réflexion commence tardivement, elle ne s'inscrit plus dans une logique de prévention. Elle s'inscrit déjà dans une logique de rattrapage. Et c'est toute la différence.

Prévenir la désinsertion professionnelle, ce n'est pas intervenir davantage au sens quantitatif. C'est savoir lire suffisamment tôt qu'une situation ne pourra pas se résoudre par une simple reprise « comme avant ».

L'écart entre « aller mieux » et « pouvoir tenir son poste »

Beaucoup de situations sont encore abordées avec une représentation implicite : tant que la personne est en arrêt, on soigne ; et lorsque l'état de santé ira mieux, on verra pour la reprise. Cette manière de penser est rassurante en apparence. Mais elle est souvent insuffisante dans la réalité. Car entre « aller mieux » et « pouvoir tenir dans son poste », il y a parfois un écart considérable.

On peut être cliniquement amélioré sans être en capacité de reprendre à l'identique. On peut être motivé à retravailler sans pouvoir supporter immédiatement les contraintes du poste précédent. On peut vouloir reprendre sans que l'environnement de travail soit prêt à accueillir cette reprise dans des conditions adaptées.

C'est pour cela que je ne crois pas à une lecture linéaire du retour en emploi. Il ne commence pas le jour de la reprise. Il se construit bien avant, dans un entrelacement progressif de lectures qui devraient commencer à se répondre beaucoup plus tôt. Le médecin de ville perçoit l'évolution de la santé mais ne lit pas le poste. Le médecin du travail lit le poste mais ne suit pas le soin au quotidien. Le médecin-conseil occupe une place charnière entre les deux. Chacun détient une part de compréhension, mais personne ne relie suffisamment tôt l'ensemble.

C'est précisément dans cet espace de non-articulation que le risque grandit. Le salarié reste suspendu entre plusieurs lectures. L'entreprise attend un retour sans toujours savoir dans quelles conditions il sera possible. La réflexion sur l'aménagement intervient tardivement. La question du reclassement reste évitée tant qu'elle n'est pas devenue inévitable.

Le vrai maintien en emploi est celui qui reste soutenable

Maintenir en emploi ne signifie pas nécessairement maintenir à l'identique. Ce n'est pas toujours maintenir sur le même poste, dans les mêmes conditions, au même rythme, avec les mêmes exigences. Ce n'est pas faire reprendre coûte que coûte pour éviter de regarder en face l'ampleur des ajustements nécessaires.

Le vrai maintien en emploi est celui qui prend en compte la santé sans nier le travail réel. Celui qui prend en compte le travail réel sans méconnaître les fragilités médicales. Celui qui n'attend pas que l'échec soit déjà installé pour ouvrir la question d'un aménagement, d'une reprise progressive, d'une adaptation durable, d'un reclassement ou parfois d'une réorientation.

À mes yeux, la vraie expertise n'est donc pas dans l'énumération des dispositifs. Elle est dans la capacité à repérer le bon moment de croisement. Le moment où l'on cesse de traiter séparément ce qui devrait déjà être pensé ensemble. Le moment où l'on accepte de ne pas réduire le retour à une date, mais de le penser comme une construction.

Prévenir la désinsertion professionnelle, ce n'est pas créer toujours plus. C'est faire se rencontrer plus tôt ce qui existe déjà. C'est synchroniser les 3 hélices avant que la situation ne se défasse. C'est, tout simplement, intervenir plus juste.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
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