Rentrée. Comme si septembre recommençait tout.
Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé en entreprise comme dans nos vies ordinaires ne relève pas de la coïncidence.
La rentrée était autrefois une affaire assez honnête : une nouvelle classe, des cahiers neufs, des visages à retrouver et la certitude qu'une année commençait réellement. Nous avons grandi, quitté l'école, parfois depuis longtemps, mais septembre continue de nous convoquer avec une autorité intacte. Les entreprises font leur rentrée, lancent leurs chantiers, accélèrent leurs projets et découvrent soudain plusieurs urgences qui avaient parfaitement supporté le mois d'août. Le mot est resté scolaire ; l'imaginaire, lui, a remarquablement réussi sa carrière.
Il n'est d'ailleurs pas certain que nous aimions septembre. Nous le surinvestissons, ce qui est différent. L'été n'est pas encore tout à fait parti que reviennent les horaires, les rendez-vous, les réveils, les cartables des enfants pour ceux qui en ont encore à remplir, les boîtes de réception que personne n'avait promis de garder sages et cette phrase qui, depuis juin, avait offert un refuge assez commode à quantité de sujets devenus soudain trop encombrants pour le présent : nous verrons cela à la rentrée. Il y a, dans ces quelques mots, une confiance touchante dans les capacités d'un mois auquel personne n'a pourtant demandé son avis.
Septembre finit toujours par découvrir ce que nous lui avions promis.
Peut-être lui confions-nous tant parce qu'il a, pendant une longue partie de notre existence, réellement séparé un avant d'un après. Nous changions de classe. Les matières évoluaient, parfois le bâtiment, les professeurs, les camarades ; l'année précédente pouvait laisser quelques lacunes, une humiliation au tableau, des amitiés mal rangées et deux ou trois souvenirs que nous aurions volontiers abandonnés avec les manuels scolaires, elle possédait néanmoins une qualité que le monde du travail rendra plus tard presque luxueuse : elle était terminée. Nous passions à la suivante. Pas neufs, évidemment, mais suffisamment pour que l'emploi du temps distribué le premier matin donne cette impression délicieuse et vaguement mensongère que le temps pouvait avoir des cases propres et que la vie accepterait peut-être de s'y tenir.
Nous avons incorporé cette frontière bien plus profondément que le calendrier civil ne le laisse croire. Janvier possède officiellement le privilège de commencer l'année ; septembre conserve sur beaucoup d'entre nous une souveraineté clandestine. La psychologie s'est intéressée à cette puissance des bornes temporelles. Ce que les chercheurs ont appelé le fresh start effect décrit notre propension à investir certains repères, début d'une semaine, d'un mois, d'une année, anniversaire, changement de semestre, comme des frontières capables de séparer mentalement celui que nous étions de celui que nous pourrions devenir. Le calendrier ne transforme personne, mais il offre un bord sur lequel déposer l'avant ; parfois, cela suffit à rendre le mouvement de nouveau imaginable.
L'idée explique peut-être pourquoi nous nous remettons au sport un lundi, à la vertu en janvier et à l'organisation personnelle en septembre avec une confiance que les expériences précédentes auraient pourtant pu raisonnablement entamer. Mais la rentrée possède quelque chose que l'expression « nouveau départ » restitue mal : elle ne promet pas seulement, elle rappelle aussi. Il faut revenir, reprendre, retrouver les horaires, les contraintes, l'emploi du temps et le réveil qui recommence à avoir une opinion très arrêtée sur l'heure à laquelle nous devrions vivre.
À six ans, l'affaire pouvait donner mal au ventre la veille, mais elle comportait au moins quelques compensations. Les copains revenaient avec les devoirs, la récréation existait toujours, et un Carambar au fond d'une poche pouvait améliorer assez sensiblement la perspective d'une matinée. Quelques billes suffisaient à créer une économie parallèle dont les règles nous semblaient parfois plus intelligibles que celles de la grammaire. Plus tard, les plaisirs changeaient de forme : le lycée rendait les amis avec les emplois du temps ; l'université, les amphithéâtres avec les cafés, les premiers appartements et ces jeudis soir dont la fonction pédagogique reste à établir, mais dont l'importance dans l'équilibre général de la vie étudiante ne faisait guère de doute.
La rentrée n'était donc jamais seulement le retour de l'obligation. Quelque chose recommençait à nous être demandé ; quelque chose recommençait aussi à nous être rendu. Le temps contraint ne prétendait pas encore posséder toute la journée.
Le monde professionnel a parfois conservé la première moitié du contrat avec une fidélité remarquable.
Puisque nous tenons tant à « faire notre rentrée », nous pourrions pourtant pousser le mimétisme jusqu'au bout : arriver avec un goûter un peu écrasé au fond du sac, une corde à sauter pour la pause de dix heures et la certitude qu'une sonnerie finirait bien par interrompre le comité de pilotage pour nous rendre à la cour. Mais non. Le cartable a cédé la place à l'ordinateur, les cahiers à quelques clés USB dont personne ne se souvient exactement du contenu, et la récréation à un café bu devant Outlook en répondant à quelqu'un qui commence son message par « J'espère que tu as passé de bonnes vacances » avant de démontrer, au fil de quinze lignes très structurées, combien il souhaite désormais qu'elles soient terminées.
Les vacances, justement, participent elles aussi à la fiction. Elles auraient réparé. Le salarié est parti fatigué ; il revient reposé. Il a déconnecté, pris du recul, profité, peut-être même « rechargé ses batteries », selon cette métaphore électroménagère qui résiste admirablement à tous nos efforts pour parler des êtres humains autrement que comme des appareils équipés d'une prise. Il devrait donc être disponible, motivé, prêt à repartir, éventuellement bronzé mais déjà entièrement reconquis par les nécessités du collectif.
Le salarié revient de congé. Il ne revient pas augmenté.
Le repos peut rendre de l'énergie ; il ne fabrique ni heures supplémentaires dans une journée, ni postes dans une équipe, ni marges nouvelles dans une organisation déjà saturée. Septembre ne raccourcit aucune procédure, ne pourvoit aucun emploi resté vacant, ne rend pas soudain compatibles deux objectifs qui ne l'étaient pas en juin et, malgré l'immense confiance placée dans ses qualités saisonnières, ne semble toujours pas capable de produire du budget pendant la nuit.
Le calendrier change de page. La capacité réelle du système, elle, n'augmente pas avec le numéro du mois.
C'est pourtant à cet instant précis que les organisations deviennent extraordinairement fécondes. Voici le nouveau chantier, la nouvelle organisation, la feuille de route, le projet qu'il faut « remettre en dynamique », celui qu'il faudra accélérer, l'outil qui va simplifier, le séminaire qui doit relancer l'élan collectif, les objectifs du dernier quadrimestre, la préparation de l'année suivante, le sujet stratégique que juin avait généreusement confié à septembre et, naturellement, tout ce qui existait déjà et n'a nullement profité de l'été pour disparaître.
Rien de tout cela n'est nécessairement absurde. C'est même ce qui rend le phénomène intéressant. La direction possède ses priorités, les équipes leurs urgences, les fonctions support leurs échéances, les clients leurs attentes, les institutions leur calendrier. Chacun ajoute quelque chose qui, considéré isolément, paraît parfaitement raisonnable ; puis le collectif contemple l'ensemble avec une légère surprise, comme si l'addition avait été effectuée par quelqu'un d'autre.
Un système peut ainsi produire un excès sans qu'aucun de ceux qui le composent ait individuellement demandé quelque chose d'excessif. Chacun apporte seulement sa nécessité. Le problème commence lorsque toutes les nécessités sont sommées de cohabiter au même endroit, au même moment et avec le même degré de priorité.
C'est ici que l'analyse du travail devient plus utile qu'une simple mesure du nombre d'heures. La charge n'est pas seulement une quantité ; elle est aussi une architecture de priorités, d'interruptions, d'incertitudes et d'arbitrages. Trois dossiers peuvent être parfaitement supportables lorsqu'ils se succèdent et devenir épuisants lorsqu'ils réclament simultanément le même mardi matin, le même cerveau et le même degré de soin.
Lorsque cette architecture n'est pas pensée collectivement, l'arbitrage ne disparaît pas. Il descend.
Il descend jusqu'à celui qui devra décider quel dossier sera moins bien traité, quelle réponse attendra, quelle réunion recevra une préparation sommaire, quelle urgence perdra contre une autre urgence dont aucun organigramme n'avait prévu qu'elles se rencontreraient. Ce travail n'apparaît presque nulle part puisqu'il ne produit rien de visible ; il consiste pourtant à choisir continuellement où accepter de ne pas faire aussi bien ce qu'il était officiellement demandé de bien faire partout.
Les professionnels consciencieux connaissent particulièrement cette gymnastique. Ils compensent, anticipent, déplacent, raccourcissent, trouvent un passage, absorbent la contradiction, conservent parfois jusque chez eux le dossier que l'agenda n'avait pas réussi à contenir. L'organisation peut alors être victime d'une illusion assez cruelle : puisque les personnes tiennent, elle finit par croire que ce qu'elle leur demande était tenable.
La rentrée ne crée pas ce mécanisme. Elle sait simplement lui donner une belle concentration saisonnière.
Le langage l'aide beaucoup. Nous n'ajoutons pas nécessairement du travail : nous « ouvrons un chantier ». Nous ne reprenons pas une difficulté ancienne : nous « lançons une nouvelle dynamique ». Une décision que personne n'a réussi à prendre avant l'été devient une « priorité de rentrée ». Une organisation fatiguée reçoit un « nouvel élan ». Les mots ne mentent pas forcément ; ils changent l'angle sous lequel nous regardons les choses. Ils donnent à ce qui revient l'allure de ce qui commence.
Septembre sait très bien maquiller les vieux problèmes en nouveautés.
Un PowerPoint neuf, trois verbes d'action et une date de lancement peuvent accomplir des merveilles. Le sujet qui traînait depuis avril revient coiffé d'un calendrier et chacun éprouve pendant quelques minutes la sensation agréable de regarder devant lui.
Il serait pourtant trop simple d'y voir une ruse managériale. Les organisations ont réellement besoin de rythmes et de recommencements symboliques. L'été désynchronise les collectifs : les congés se croisent, certaines décisions attendent les absents, les réunions s'espacent, quelques sujets perdent un peu de leur urgence et certains problèmes profitent même de l'occasion pour montrer qu'ils pouvaient survivre sans être commentés chaque semaine. Se retrouver, remettre les informations en commun, décider ce qui mérite d'être repris : tout cela a du sens.
Le problème commence lorsque reprendre devient ajouter.
C'est là que notre mémoire scolaire nous joue peut-être son tour le plus subtil. À l'école, un commencement remplaçait réellement quelque chose. Lorsque nous passions du CM1 au CM2, personne ne déposait le programme de CM1 à côté du nouveau en expliquant qu'il restait stratégique de le terminer parallèlement, « le temps de sécuriser la transition ». Une classe succédait à l'autre. Les acquis demeuraient, bien sûr ; les devoirs, eux, changeaient.
L'entreprise excelle parfois dans une autre discipline : la rentrée cumulative.
Le nouveau projet rejoint l'ancien. La nouvelle procédure complète celle que personne n'a encore pris la responsabilité de supprimer. Le logiciel censé simplifier le travail impose plusieurs mois de double saisie. La nouvelle priorité vient s'installer parmi les précédentes, lesquelles conservent, par une remarquable fidélité à elles-mêmes, leur statut de priorité. Rien ne chasse rien. Nous ajoutons une strate au système, puis nous regardons avec étonnement ceux qui l'habitent se plaindre de manquer de place.
Le cahier neuf nous a peut-être mal préparés à la vie professionnelle : il nous avait habitués à croire qu'un commencement disposait nécessairement d'une page blanche. Les organisations commencent presque toujours dans les marges de pages déjà écrites.
C'est pourquoi l'expression à la rentrée mérite presque d'être considérée comme un petit outil de gestion du temps. Dès le printemps, elle accueille avec une bienveillance infinie ce que le présent ne parvient plus à absorber. Nous reprendrons cela à la rentrée. La phrase ne refuse rien, ne renonce à rien ; elle déplace. Elle offre au problème un futur dans lequel les agendas sont, par hypothèse, moins chargés, les équipes disponibles, les recrutements résolus et les difficultés étrangement coopératives.
Le futur possède surtout une qualité admirable : il n'est jamais là pour protester lorsque nous organisons son emploi du temps.
Puis il arrive.
Et septembre trouve devant sa porte les dossiers de juin, les ambitions de septembre et déjà quelques échéances d'octobre.
Nous prêtons continuellement à demain des ressources dont nous savons pourtant qu'elles nous manquent aujourd'hui. La semaine prochaine sera plus calme. Après les congés, nous aurons davantage de disponibilité. À la rentrée, nous pourrons enfin avancer. La psychologie de la planification connaît bien cette étrange tendance à sous-estimer ce que les choses demanderont réellement dès lors qu'elles appartiennent encore au futur. Dans les organisations, elle prend parfois une forme collective : nous traitons le temps à venir comme s'il était moins encombré simplement parce que nous ne l'avons pas encore rempli.
À force, septembre devient le garde-meuble de tout ce que les mois précédents n'avaient plus la place de contenir.
Puis nous nous étonnons de le redouter.
Car il faut lui rendre cela aussi : septembre n'est pas seulement l'exaltation du recommencement. Il porte son petit spleen. L'été recule, les journées raccourcissent, les rythmes familiaux se resserrent, les agendas reprennent du poids. Certains retrouvent un métier qu'ils aiment ; d'autres retrouvent simplement ce qu'ils avaient réussi, quelques semaines, à tenir à distance. Pour quelques carrières très volontaires, septembre a peut-être le charme d'une ligne droite où reprendre de l'élan ; pour d'autres, la perspective ressemble davantage à un tapis roulant que quelqu'un vient de remettre en marche avant de demander, avec enthousiasme, si tout le monde est prêt.
Le discours professionnel autorise pourtant assez mal cette ambivalence. La rentrée doit avoir de l'énergie. Elle doit être dynamique, porteuse, ambitieuse. Celui qui ne ressent aucun frisson devant la nouvelle feuille de route évitera probablement d'ouvrir le séminaire par cette information. Il ne suffit parfois pas d'être revenu ; il faut encore fournir quelques signes permettant d'établir que nous sommes heureux de repartir.
Nous retrouvons ici un vieux morceau d'école : septembre annonce aussi le retour de l'évaluation.
Un salarié n'est évidemment pas un écolier et un manager n'est pas un professeur principal, même si certains entretiens annuels peuvent susciter un bref doute sur la solidité de cette distinction. Mais le lexique conserve quelques parentés : objectifs, progression, échéances, bilan, points d'étape, compétences à développer. Nous avons quitté la salle de classe ; l'idée qu'une année doit produire la preuve de ce que nous sommes devenus nous a suivis avec beaucoup de constance.
L'entreprise n'a pas inventé septembre. Elle a simplement compris tout ce que nous avions déjà mis dedans.
Voilà aussi pourquoi la rentrée fournit un si bon décor au changement. Puisque le temps recommence, il paraît presque naturel que l'organisation change avec lui : nouveau logiciel, nouveau fonctionnement, nouvelle gouvernance, nouvelle méthode. Le calendrier fournit déjà la dramaturgie ; il ne reste plus qu'à distribuer les rôles.
Or commencer coûte.
Ce coût n'est pas une objection au changement, simplement l'une de ses propriétés. Il faut apprendre, comprendre, désapprendre parfois, déplacer des automatismes, chercher une information qui se trouvait autrefois ailleurs, comprendre ce que le nouvel outil fait différemment, reconstruire des coordinations. Pendant ce temps, l'activité ordinaire continue de réclamer d'être accomplie.
C'est là que l'ergonomie et l'analyse du travail réel apportent une question beaucoup moins brillante qu'un lancement, mais beaucoup plus utile : dans quel travail existant le nouveau travail devra-t-il entrer ? Qu'occupent déjà les personnes ? Quelles régulations leur permettent de tenir ? Quelle tâche devra ralentir ? Quelle priorité cessera de l'être ? Quelle marge existe pour apprendre sans dégrader le reste ?
Une organisation sérieuse ne devrait presque jamais annoncer un nouveau chantier sans être capable de nommer ce qui lui fera de la place.
Cela suppose un mot dont les organisations sont parfois moins friandes que de « transformation » : renoncer. Pourtant, choisir consiste toujours un peu à renoncer. Une priorité qui ne fait reculer aucune autre priorité n'en est pas une ; c'est simplement une intention supplémentaire à laquelle quelqu'un devra trouver une place.
Sans arbitrage explicite, le renoncement aura lieu quand même, mais plus bas et plus tard. Quelqu'un reportera, bâclera, travaillera plus longtemps ou emportera avec lui la culpabilité de n'avoir pas réussi à tout tenir. L'organisation conservera intactes toutes ses ambitions ; l'individu absorbera leur incompatibilité.
Peut-être est-ce cela, au fond, que septembre devrait permettre : non pas célébrer indistinctement tout ce qui commence, mais décider ce qui mérite réellement de continuer. Avant de relancer, regarder. Avant d'ajouter, retirer. Avant de baptiser un nouveau chantier, se demander si un ancien ne tient encore debout que parce que personne n'a pris la responsabilité de le fermer.
Certains projets résistent d'ailleurs assez mal à six semaines sans réunion. Il est possible qu'ils essaient de nous dire quelque chose.
Nous retrouverions alors une intelligence très simple de nos anciennes rentrées : elles reconnaissaient que le temps avait passé. Une année ne supprimait pas ce que nous avions appris, mais elle cessait de nous réclamer ses devoirs. Ce qui appartenait à la classe précédente pouvait continuer à nous constituer sans continuer à occuper toute la table.
Et puis il y avait cette autre sagesse, beaucoup moins théorisée.
La cour.
La journée scolaire pouvait être exigeante, fatigante, parfois angoissante. Mais personne ne prétendait que chaque minute devait avoir une fonction pédagogique. Pendant quelques instants, aucun adulte n'optimisait nos compétences. Nous courions, parlions, inventions des règles, les changions quand elles nous arrangeaient et nous livrions à des activités dont la contribution à notre future employabilité n'était pas immédiatement démontrable.
Plus tard, ce furent les cafés, les sorties, les fameux jeudis soir. Chaque âge avait compris quelque chose que le monde professionnel redécouvre périodiquement sous des noms beaucoup plus compliqués : un temps contraint a besoin d'espaces qui ne lui appartiennent pas entièrement.
Peut-être avons-nous perdu un peu de cette simplicité en grandissant. La pause devient récupération, la conversation informelle cohésion, le déjeuner réseau, le moment où rien n'est produit doit presque expliquer ce qu'il apportera ensuite à la performance. Nous sommes devenus suffisamment sérieux pour réussir à transformer jusqu'à la respiration en levier.
La rentrée pourrait donc être l'occasion non pas de rejouer l'école, mais de nous souvenir de ce qu'elle savait encore : une exigence a besoin de limites, un commencement suppose parfois qu'autre chose se termine, et aucune année supportable ne peut être entièrement composée de devoirs.
Septembre gardera malgré tout son mélange d'élan et de mélancolie, de plaisir à retrouver certains visages et de légère envie d'en éviter d'autres, de projets auxquels nous tenons et de contraintes dont nous nous serions volontiers passé. Il n'est responsable ni de nos ambitions, ni de nos organisations. C'est nous qui lui demandons parfois de transformer un changement de mois en capacité supplémentaire, un retour de vacances en disponibilité neuve, un ancien problème en projet enthousiasmant et une accumulation en nouveau départ.
Le calendrier mérite probablement d'être innocenté.
Alors, si l'entreprise tient malgré tout à nous refaire chaque année le coup de la rentrée, qu'elle nous rende au moins la cour où nous pouvions disparaître quelques minutes derrière un jeu de cache-cache et cette ancienne merveille : ce qui était fini avait le bon goût de le rester.
Pour le reste, le Petit Gibus avait déjà tout résumé :
« Si j'aurais su, j'aurais pas venu ! »

