Emploi, travail, labeur. Vous faites quoi, vous, dans la vie ?

Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé en entreprise comme dans nos vies ordinaires ne relève pas de la coïncidence.

Le sujet a tout pour devenir un peu pesant : trois mots, du travail, de l'emploi, du labeur, quelques siècles de représentations, un soupçon d'économie, deux ou trois contradictions sociales et, très vite, cette impression qu'il faudrait presque prendre des notes. Nous allons donc faire autrement. Entrer de biais, regarder les mots là où ils se glissent dans nos journées, pousser légèrement leurs absurdités et accepter une pointe de causticité. Non pour rendre le sujet plus léger qu'il ne l'est, mais parce qu'il se laisse parfois mieux comprendre quand nous cessons de le regarder avec les sourcils froncés.

Car nous mélangeons travail, emploi et labeur avec une aisance remarquable. Nous disons que quelqu'un « ne travaille pas » parce qu'il n'a pas d'emploi, que quelqu'un « reprend le travail » comme s'il avait cessé toute activité humaine entre-temps, et qu'un autre « travaille beaucoup » sans toujours savoir si nous parlons de son emploi, de ce qu'il fait réellement ou de l'effort que cela lui coûte. À force, les mots finissent par cacher autant qu'ils désignent. Et c'est précisément là que cela devient intéressant.

« Vous faites quoi dans la vie ? » La question est magnifique. Elle prétend s'intéresser à toute une existence et attend généralement, pour réponse, l'intitulé d'un emploi. Responsable commercial. Infirmière. Comptable. Conducteur de travaux. Directrice de quelque chose. Voilà, la vie est renseignée. Il reste éventuellement à demander si les enfants vont bien.

Nous faisons cela continuellement sans même nous en apercevoir. Nous disons d'une personne au chômage qu'elle « ne travaille pas », alors qu'elle peut consacrer ses journées à chercher un emploi, remplir des dossiers, conduire les enfants, aider un parent, réparer la maison et accomplir une quantité de tâches qui ferait probablement hésiter un consultant avant de les réunir dans une seule fiche de poste. Nous annonçons qu'une personne « reprend le travail » lorsqu'elle retourne dans son emploi, comme si les semaines précédentes avaient été consacrées à une suspension complète de toute activité humaine. Et nous expliquons d'un retraité qu'il « a arrêté de travailler » avant de le regarder refaire une salle de bains, garder trois petits-enfants et présider une association avec des horaires auxquels son ancien employeur n'aurait jamais osé le soumettre.

Nous avons donc, dès le départ, un petit problème avec nos mots.

L'emploi serait pourtant parfaitement utile s'il acceptait de rester à sa place. Il est ce qui figure sur le contrat, la fiche de paie, le CV et l'organigramme. Il donne un statut, une rémunération, des droits, des obligations, une protection sociale et parfois un intitulé suffisamment sophistiqué pour que personne, passé le deuxième verre lors d'un dîner, n'ose demander ce qu'il signifie exactement.

L'emploi organise une place.

Le travail commence généralement après.

Il commence lorsque la belle fiche de poste rencontre un mardi matin. Or un mardi matin contient rarement ce qui avait été prévu dans la fiche de poste. Il contient un collègue absent, un logiciel qui refuse obstinément de reconnaître le mot de passe qu'il a lui-même exigé la veille, une demande urgente qui n'existait pas hier, trois interlocuteurs ayant compris trois choses différentes, une décision que personne n'a réellement prise mais qu'il faut désormais appliquer, et cette réunion destinée à « fluidifier les processus » qui consommera précisément cinquante-sept minutes du temps que chacun cherchait à fluidifier.

C'est là que nous travaillons vraiment : dans l'écart.

Entre ce qui avait été prévu et ce qui arrive. Entre la procédure et le cas particulier. Entre l'objectif et les moyens disponibles. Entre la consigne et ce qu'elle devient lorsqu'elle rencontre un client, un patient, un usager, une machine, une matière, une équipe ou simplement la mauvaise volonté obstinée du réel à se conformer à nos tableaux.

L'entreprise recrute donc une personne pour occuper un emploi, mais elle dépend très vite de tout ce que cette personne saura faire qui n'était pas entièrement contenu dans l'emploi : comprendre, interpréter, ajuster, prioriser, négocier, rassurer, contourner, réparer, décider parfois sans disposer de toute l'autorité qui devrait accompagner la décision.

L'emploi peut être décrit. Le travail, lui, doit être accompli.

La différence paraît mince tant que tout fonctionne. Elle devient spectaculaire le jour où celui qui savait comment « cela se passe réellement » s'absente.

Alors commence une petite archéologie organisationnelle. Nous découvrons qu'un dossier ne suit pas exactement le circuit indiqué dans la procédure, que deux logiciels ne communiquent que grâce à un fichier qu'une personne mettait discrètement à jour, que telle interlocutrice savait appeler la bonne personne sans passer par les quatre niveaux prévus, qu'un salarié expérimenté anticipait un problème avant même qu'il se formule. Ce qui semblait relever du fonctionnement normal relevait en partie de l'intelligence quotidienne de ceux qui faisaient fonctionner le normal.

Rien de très héroïque. Juste du travail.

C'est d'ailleurs l'un des paradoxes les plus élégants de l'organisation : plus certaines compensations sont efficaces, moins elles sont visibles. Celui qui rattrape sans bruit donne l'impression qu'il n'y avait rien à rattraper. Celui qui absorbe les contradictions maintient l'illusion qu'elles étaient compatibles. Celui qui trouve continuellement des solutions finit par fournir la meilleure preuve que le problème n'existait pas.

Jusqu'au jour où il cesse de le faire.

Et voici que le troisième mot arrive : le labeur.

Il n'a plus tout à fait la cote. Le mot sent la terre retournée, la sueur, les manches relevées, les longues heures et les romans dans lesquels personne n'avait encore pensé à proposer une séance de sophrologie entre deux réunions. Notre époque lui préfère des termes plus présentables : engagement, agilité, challenge, dépassement, résilience. Le labeur ne semble pas s'en formaliser. Il continue de venir travailler.

Il désigne cette part du travail qui coûte quelque chose : du temps, de l'attention, de la répétition, de l'effort, parfois du corps. Il faut recommencer, corriger, apprendre lentement, supporter l'ennui de certaines étapes, tenir suffisamment longtemps pour que l'idée devienne résultat. Le labeur n'est pas une anomalie. Tout travail comporte une part qui résiste à notre désir de facilité.

Même les métiers que nous aimons ne sont pas intéressants à chaque minute. Derrière le geste brillant existe souvent une longue répétition. Derrière la vocation, de l'administratif. Derrière la créativité, des corrections. Derrière le projet enthousiasmant, un tableau Excel d'une tristesse remarquable.

Même l'écrivain doit relire.

C'est assez mal organisé.

Le problème ne commence donc pas avec l'effort. Il commence lorsque nous cessons de distinguer l'effort nécessaire au travail de l'effort fabriqué par la manière dont le travail a été organisé.

Reprendre une pièce parce que la qualité l'exige appartient au métier. Ressaisir la même information dans quatre outils qui refusent de se parler appartient peut-être davantage à l'histoire des systèmes d'information.

Répondre à une situation imprévue appartient au travail réel. Passer sa journée à réparer les effets de décisions contradictoires dont personne n'a voulu arbitrer la contradiction relève d'une autre catégorie.

Chercher une solution à un problème complexe peut être passionnant. Chercher pour la septième fois le fichier « version_definitive_v3_bis_VALIDEE_2 » mérite probablement moins d'être élevé au rang d'expérience professionnelle structurante.

Nous ne travaillons pas toujours dur parce que le travail est difficile. Nous travaillons parfois dur parce que travailler a été rendu difficile.

Cette différence devrait nous occuper davantage.

Car nous avons réussi une opération linguistique assez remarquable : transformer une partie du labeur fabriqué par l'organisation en qualité personnelle du salarié. Lorsqu'une personne compense en permanence ce qui dysfonctionne, elle est engagée. Lorsqu'elle improvise parce que rien n'a été suffisamment prévu, elle est agile. Lorsqu'elle absorbe trois priorités contradictoires, elle sait gérer la pression. Lorsqu'elle tient une activité avec des moyens trop faibles, elle est autonome. Et lorsqu'elle finit par ne plus y parvenir, nous pouvons toujours lui proposer de mieux poser ses limites.

L'organisation possède parfois ce talent : individualiser les qualités qui la sauvent, puis individualiser les difficultés qu'elle a contribué à produire.

Le mot labeur devient alors utile précisément parce qu'il permet de demander : qu'est-ce qui, dans tout cet effort, appartient réellement au métier ?

Cette question mérite d'être posée avant d'organiser un atelier sur la gestion du stress.

Elle mérite également de l'être lorsque nous parlons du « sens du travail ». L'expression est devenue si vaste qu'elle accueille désormais presque toutes les inquiétudes contemporaines. Les salariés voudraient du sens. Les jeunes chercheraient davantage de sens. Il faudrait redonner du sens. À force, le sens ressemble parfois à une denrée que la direction aurait égarée dans un placard et qu'un séminaire de deux jours devrait permettre de retrouver.

Peut-être certaines personnes demandent-elles moins à leur emploi de leur révéler le sens de leur existence qu'à leur organisation de cesser d'empêcher leur travail d'avoir celui qu'il possédait déjà.

Une infirmière comprend généralement assez bien pourquoi elle soigne. Un enseignant peut avoir une idée assez précise de ce qu'il cherche lorsqu'il enseigne. Un mécanicien n'a pas besoin d'une raison d'être rédigée en quinze lignes pour comprendre l'intérêt d'un moteur qui fonctionne à nouveau. Un travailleur social sait ce que signifie accompagner quelqu'un lorsque la situation se défait.

Le problème commence parfois lorsque le temps consacré à prouver, documenter, tracer, reporter, saisir et rendre compte de ce travail devient suffisamment important pour réduire le temps disponible pour le faire.

Nous avons alors une situation légèrement cocasse : le travail réel devient l'interruption qui survient entre deux preuves administratives attestant que nous avons travaillé.

La traçabilité peut évidemment être indispensable. Le contrôle aussi. Certaines procédures protègent, sécurisent, garantissent des droits et empêchent des erreurs graves. Le problème n'est jamais la procédure en soi. Il apparaît lorsque le dispositif destiné à soutenir le travail finit par devenir une activité suffisamment volumineuse pour concurrencer ce qu'il devait soutenir.

C'est à cet endroit que l'intelligence artificielle pourrait entrer dans la conversation avec une utilité un peu plus intéressante que les éternelles prophéties sur la fin du travail.

Nous demandons régulièrement combien d'emplois elle supprimera. Peut-être faudrait-il commencer par nous demander quelle part du labeur elle pourrait utilement enlever sans supprimer le travail auquel nous tenons.

Si elle souhaite prendre en charge les doubles saisies, la mise en forme interminable de comptes rendus, la recherche d'informations disséminées dans neuf systèmes et certains mails récapitulant des réunions organisées pour commenter un tableau déjà disponible en ligne, je propose que nous lui accordions une période d'essai.

Le sujet devient autrement plus délicat lorsqu'elle touche à ce que les fiches de poste décrivent mal : interpréter ce qui n'est pas dit, comprendre la singularité d'une situation, décider dans l'incertain, sentir qu'une personne n'a pas compris malgré son acquiescement, percevoir qu'une règle correcte dans la plupart des cas devient absurde dans celui-ci.

Autrement dit, lorsqu'elle rencontre le travail, et plus seulement certaines tâches.

C'est là que distinguer emploi, travail et labeur cesse d'être un petit exercice lexical.

Une technologie peut supprimer du labeur sans supprimer l'emploi. Elle peut transformer profondément le travail en laissant le contrat presque identique. Elle peut aussi rendre certains emplois inutiles tout en faisant apparaître de nouvelles activités. Les trois mots ne bougent pas ensemble, et c'est précisément pourquoi les confondre produit des débats souvent plus spectaculaires qu'éclairants.

La même confusion apparaît lorsque l'emploi disparaît.

Une personne au chômage est privée d'emploi. Cela peut lui retirer un revenu, une sécurité, une place sociale, des relations, un rythme, une projection. Rien de cela n'est secondaire.

Mais dire qu'elle « ne travaille pas » produit autre chose : cela transforme une situation économique en jugement implicite sur l'activité.

Or chercher un emploi demande du travail. S'occuper d'un parent dépendant en demande. Élever des enfants en demande. Tenir une maison en demande. S'engager dans une association en demande. Aucun contrat ne surgit pour autant sur la table de la cuisine à la fin de la journée.

Nous avons parfois une manière très particulière de reconnaître le travail : nous le voyons mieux lorsqu'un tiers l'achète.

Ainsi une personne payée pour garder plusieurs enfants travaille ; celle qui garde les siens se trouve dans sa vie privée. Une personne employée pour accompagner un adulte dépendant exerce une activité ; le proche qui assure quotidiennement une part considérable de cet accompagnement est « aidant », mot indispensable mais qui n'empêche pas l'activité d'être exigeante. Le retraité qui quitte son emploi « ne travaille plus », même s'il remplit ses journées d'activités qui auraient toutes nécessité quelqu'un s'il ne les accomplissait pas.

Ce n'est pas un plaidoyer pour salarier chaque geste de l'existence. Ce serait une autre absurdité.

C'est simplement une invitation à ne pas laisser la fiche de paie décider seule de ce qui mérite le nom de travail.

L'emploi possède pourtant quelque chose que ces autres activités n'ont pas toujours : il inscrit l'activité dans un échange économique et juridique. Il protège, structure, rémunère. Nous avons donc besoin d'emplois, et il serait parfaitement vain de prétendre que la reconnaissance symbolique du travail invisible pourrait remplacer un salaire.

Un banquier reste étonnamment peu sensible à la valeur sociale de l'activité lorsqu'il prélève une mensualité.

C'est pourquoi la distinction importe : elle évite à la fois de réduire le travail à l'emploi et de faire comme si l'emploi n'était qu'un détail.

Elle permet aussi de regarder autrement notre rapport au salaire.

Nous rémunérons un emploi en fonction d'une qualification, d'un marché, d'une convention, d'un rapport de force, d'une rareté, d'un secteur et de multiples paramètres. Nous ne rémunérons pas mécaniquement l'effort. Heureusement d'ailleurs, car il faudrait sinon installer des compteurs de souffrance à l'entrée des entreprises, perspective dont nous pouvons probablement nous dispenser.

Mais nous continuons à raconter volontiers une morale simple : travailler dur finirait naturellement par être récompensé.

Le monde du travail se montre un peu moins discipliné.

Certains emplois demandent beaucoup de labeur et restent faiblement rémunérés. D'autres exigent une expertise immense sans pénibilité physique particulière. Certains combinent responsabilité, stress, horaires et fortes rémunérations. D'autres combinent pénibilité, contraintes horaires et salaire modeste avec une régularité qui finit par nuire légèrement au pouvoir de conviction des discours sur la « valeur travail ».

Le labeur n'est donc pas une monnaie.

Mais lorsqu'un métier en demande beaucoup et rend peu en salaire, en autonomie, en reconnaissance, en possibilité d'évolution ou simplement en capacité de durer, il ne faudrait peut-être pas être absolument stupéfait de rencontrer des difficultés de recrutement.

Nous employons alors volontiers une autre expression : « les gens ne veulent plus travailler ».

Elle possède l'immense avantage de résoudre la question avant de l'avoir posée.

Peut-être certains refusent-ils en effet certains emplois. Peut-être d'autres refusent-ils surtout la quantité de labeur demandée pour les conditions proposées. Peut-être enfin une partie du désamour ne concerne-t-elle pas le travail lui-même, mais tout ce qui s'est accumulé autour jusqu'à rendre l'exercice du métier plus difficile qu'il ne devrait l'être.

Ce n'est pas exactement la même crise.

Et cela conduit à une question assez embarrassante : lorsque quelqu'un dit qu'il aime son métier mais ne supporte plus son travail, de quoi parle-t-il ?

Il peut aimer ce qu'il fait et ne plus supporter les conditions dans lesquelles il doit le faire. Aimer accompagner et ne plus supporter le nombre de dossiers. Aimer enseigner et s'épuiser dans ce qui entoure l'enseignement. Aimer fabriquer et ne plus supporter l'organisation. Aimer soigner et souffrir de devoir choisir sans cesse ce qui pourra ou non être correctement réalisé dans le temps disponible.

L'emploi est toujours là. Le travail aussi. Mais le labeur nécessaire pour réussir à les maintenir ensemble a pris trop de place.

C'est alors que certaines démissions, reconversions ou pertes d'engagement deviennent plus compréhensibles. Nous les interprétons parfois comme un changement de rapport au travail quand elles disent peut-être quelque chose de plus précis : la personne ne refuse pas nécessairement de travailler ; elle refuse de consacrer une part croissante de son énergie à ce qui l'empêche de bien travailler.

Cette distinction me semble autrement plus intéressante que l'opposition un peu fatiguée entre générations courageuses et générations qui le seraient moins.

Elle permet même de regarder la fameuse « valeur travail » d'un peu plus près.

La valeur du travail peut désigner ce que le travail produit pour la société, ce qu'il représente pour celui qui l'accomplit, le revenu qu'il permet d'obtenir, la place qu'il donne, le collectif qu'il construit, l'identité qu'il soutient. Elle peut aussi finir par désigner une vertu morale selon laquelle celui qui souffre davantage aurait nécessairement mieux mérité.

C'est probablement là qu'il faut être prudent.

Le labeur peut accompagner le travail bien fait. La souffrance, elle, n'est pas un certificat de qualité.

Un métier peut demander de l'effort sans devoir abîmer. Une personne peut être très engagée sans être disponible en permanence. Une organisation peut attendre du professionnalisme sans avoir besoin de transformer chaque difficulté structurelle en épreuve individuelle de résistance.

Nous gagnerions peut-être même à considérer comme un progrès le fait de supprimer une partie du labeur sans supprimer ce qui fait la valeur du travail.

Moins de manutentions inutiles. Moins de ressaisies. Moins de recherches d'informations absurdes. Moins de réunions sans décision. Moins de conflits de priorité laissés à chacun. Moins de tâches dont la seule fonction consiste à attester que la tâche précédente a bien été réalisée.

Ce n'est pas devenir paresseux.

C'est parfois simplement devenir mieux organisé.

Et cela laisse davantage de place à ce qui, au fond, explique encore pourquoi tant de personnes tiennent à leur travail malgré tout : la chose faite.

Quelque chose qui n'existait pas le matin existe le soir. Une pièce est réparée, une personne aidée, un patient soigné, un problème résolu, une décision rendue possible, une situation clarifiée, un client satisfait, un enfant compris, un bâtiment construit, une phrase enfin juste.

Cette satisfaction-là se glisse assez mal dans les indicateurs.

Elle ne demande pas nécessairement un grand discours sur le sens. Elle tient parfois dans quelque chose de beaucoup plus modeste : savoir pourquoi nous avons passé du temps là.

Le travail possède alors une dimension que ni l'emploi ni le labeur ne suffisent à contenir. Il transforme un morceau du réel.

Peut-être est-ce pour cela qu'un emploi très correct peut devenir insupportable lorsqu'il ne permet plus de bien travailler, et qu'un métier difficile peut rester profondément investi lorsqu'il donne encore la sensation d'accomplir quelque chose qui compte.

Nous revenons donc à notre question initiale.

« Vous faites quoi, vous, dans la vie ? »

Nous pourrions répondre par notre emploi. C'est la solution la plus rapide et la plus compatible avec un dîner.

Mais la vraie réponse demanderait probablement davantage de temps.

Elle devrait contenir ce que notre contrat dit que nous faisons, ce que nous faisons réellement pour que cela fonctionne, tout ce que nous rattrapons sans que personne ne le voie, la part d'effort nécessaire, celle qui pourrait parfaitement disparaître, ce que notre activité nous apporte, ce qu'elle nous coûte et ce que nous continuons malgré tout à aimer accomplir.

Il faudrait également préciser le travail qui existe en dehors de l'emploi, celui qui ne produit aucune fiche de paie mais dont nous dépendons pourtant chaque jour.

À ce stade de la réponse, naturellement, les autres invités auront probablement déjà commandé le dessert.

Ce n'est peut-être pas plus mal.

Nous pourrons toujours reprendre la conversation au café.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
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