Burn-out, bore-out, brown-out : trois révélateurs d’organisations qui abîment, épuisent et se dérobent

Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé, en entreprise comme dans nos vies ordinaires, ne relève pas de la coïncidence.

Il y a quelque chose d'assez fascinant dans cette petite famille de mots en out : burn-out, bore-out, brown-out. Trois mots bien droits, bien statutaires, bien imposants, comme trois vigiles silencieux à l'entrée d'une soirée privée. Ils parlent anglais, ce qui leur donne aussitôt une autorité supplémentaire, ce petit vernis international qui rend les vieux dégâts plus modernes et les souffrances plus présentables.

Des mots qui ont du gabarit : épaulés, presque en costume sombre, postés là pour tenir l'entrée du récit. Ils ne disent presque rien, mais ils font déjà beaucoup. Ils vérifient les invitations, organisent l'accès à la souffrance respectable, distribuent les places, décident qui pourra entrer dans la catégorie propre du trouble nommé, et qui restera dehors, avec le travail réel, moins fréquentable, les organisations malades et les mécanismes pathogènes encore trop mal éclairés.

Il ne faudrait pourtant pas mépriser ces mots trop vite. Ils servent à quelque chose. Ils distinguent des expériences différentes. S'effondrer sous la surcharge n'est pas la même chose que se dessécher dans un poste vidé de substance. Perdre son énergie dans l'excès de sollicitations n'est pas identique à perdre son élan dans un travail devenu absurde, incohérent ou privé de sens. Nommer peut protéger. Nommer peut rendre audible. Nommer peut éviter de jeter toutes les formes d'usure dans le même grand sac flou de la fragilité personnelle. Il existe des mots qui réparent un peu parce qu'ils permettent enfin de dire : ce que je traverse a une forme, une logique, une histoire, et peut-être même une cause.

Mais les mots deviennent dangereux lorsqu'ils s'arrêtent au corps qui souffre. Car voilà le petit tour de passe-passe : le salarié reçoit l'étiquette, l'organisation conserve la façade. Le salarié est en burn-out, en bore-out, en brown-out ; l'organisation, elle, reste complexe, exigeante, agile, en transformation, traversée par des contraintes, soumise à un contexte difficile, engagée dans une dynamique de changement. Elle possède tout un vestiaire lexical pour rester correctement habillée. Pendant ce temps, le salarié porte le symptôme.

Une langue pudique pour les organisations

C'est cette dissymétrie qu'il faut regarder. Nous savons de mieux en mieux qualifier l'état des personnes : épuisées, démotivées, désengagées, anxieuses, en perte de sens, en souffrance, en arrêt, en risque psychosocial, en difficulté d'adaptation. Nous avons des grilles, des signaux faibles, des questionnaires, des procédures, des cellules d'écoute, des webinaires sur la prévention, parfois même des affiches très rassurantes près de la machine à café. Mais lorsque vient le moment de qualifier l'état de l'organisation, la langue devient soudain plus pudique. Une entreprise ne sera pas dite fuyante, mais contrainte ; pas pathogène, mais sous tension ; pas confuse, mais en réorganisation ; pas pauvre en sens, mais en recherche d'alignement stratégique ; pas dérobée devant ses responsabilités, mais engagée dans l'accompagnement du changement. Il faut reconnaître à la langue professionnelle un talent remarquable : elle sait rendre les problèmes presque fréquentables.

Pourtant, le burn-out, le bore-out et le brown-out ne sont pas seulement trois états du salarié. Ce sont aussi trois révélateurs. Ils font apparaître, sur le corps, dans la présence et dans le retrait des personnes, ce que l'organisation garde parfois hors champ. Le salarié brûle, et soudain se dessine une organisation qui consume. Le salarié se vide, et apparaît une organisation qui ne sait plus donner de matière au travail. Le salarié se débranche intérieurement, et se révèle une organisation qui a laissé le sens se dissoudre tout en continuant à parler d'engagement.

Le problème n'est donc pas que ces mots existent. Le problème commence lorsqu'ils permettent à l'organisation de rester hors diagnostic. Car il faut bien le dire : certaines organisations ont des mécanismes pathogènes. Le mot peut sembler sévère. Il ne l'est pas s'il est utilisé avec précision. Il ne signifie pas que toute entreprise serait malveillante, ni que chaque difficulté individuelle aurait mécaniquement une cause collective. Il signifie simplement qu'il existe des fonctionnements qui rendent les personnes malades, qui les vident, les usent, les désorientent, puis leur demandent de mieux gérer les effets de ce que ces fonctionnements produisent.

Une organisation pathogène ne crie pas toujours ; elle organise. Elle organise la confusion, parfois. Elle laisse les priorités se contredire, ajoute des urgences sans retirer de missions, délègue des responsabilités sans donner de pouvoir d'agir, attend du discernement là où elle n'a pas donné de cadre, valorise les personnes qui absorbent, jusqu'au jour où leur capacité d'absorption devient un risque médical.

Le pathologique, dans une organisation, ne se présente pas toujours avec un visage monstrueux. Il peut être très poli. Il peut avoir un agenda partagé, une réunion hebdomadaire, un projet de transformation, une charte managériale, un plan d'action QVT, un séminaire sur la confiance et un discours très propre sur la responsabilité de chacun. Il peut dire « autonomie » lorsqu'il laisse quelqu'un seul avec une charge impossible. Il peut dire « agilité » lorsqu'il refuse d'arbitrer. Il peut dire « sens » lorsqu'il exige des tâches dont personne ne défend plus vraiment la finalité. Il peut dire « engagement » lorsqu'il attend une disponibilité que le contrat n'a jamais formulée aussi clairement.

Puis elle s'étonne. L'étonnement organisationnel, dans ces moments-là, a quelque chose de touchant. Presque de poétique, si les conséquences n'étaient pas aussi réelles. « Nous n'avions pas vu. » Non, souvent, l'organisation n'avait pas vu. Mais il faut parfois demander si elle ne s'était pas beaucoup arrangée pour ne pas voir.

Le burn-out, ou l'organisation qui brûle les plus fiables

Le burn-out révèle cette première mécanique : celle de l'organisation qui brûle les plus fiables. Il ne tombe pas seulement sur les personnes fragiles. Il tombe souvent sur les personnes solides trop longtemps utilisées comme preuve que le système tient. Des personnes consciencieuses, loyales, investies, compétentes, capables de compenser, de rester tard, de faire tenir les choses, de ne pas se plaindre trop vite, de ne pas laisser tomber l'équipe, de reprendre un dossier, de répondre encore, de faire encore, d'absorber encore. L'organisation aime beaucoup ces personnes. Elle les trouve formidables. Elle les remercie sincèrement, parfois. Puis elle leur confie davantage.

La fiabilité devient alors un piège parfaitement élégant. Plus une personne tient, moins l'organisation voit ce qui ne tient pas. Plus elle compense, moins le défaut de structure apparaît. Plus elle absorbe, plus la surcharge devient invisible. La personne devient le lieu où l'organisation dépose ses arbitrages manquants, ses postes sous-dimensionnés, ses urgences mal hiérarchisées, ses angles morts managériaux. Elle devient la preuve vivante que c'est possible, puisque cela se fait. Jusqu'au jour où cela ne se fait plus. Alors nous dirons : elle a fait un burn-out. Formule pratique, presque propre. Mais il faudrait ajouter : elle a peut-être brûlé parce qu'elle a servi trop longtemps de combustible à ce qui aurait dû être organisé autrement.

Le bore-out, ou l'organisation qui vide

Le bore-out révèle une mécanique plus discrète, plus ingrate, moins spectaculaire. Il révèle les organisations qui vident. Là, personne ne court partout. Personne ne s'effondre sous la charge apparente. Il n'y a pas forcément de surcharge, pas d'urgence flamboyante, pas de mails nocturnes, pas de réunion qui déborde sur la vie entière. Il y a pire, parfois : un poste sans densité, une mission sans relief, une compétence laissée en jachère, des journées où il faut faire semblant d'être occupé pour ne pas admettre que l'organisation ne sait pas quoi faire de vous.

Le bore-out est une humiliation lente. Il ne dit pas : je n'en peux plus de travailler trop. Il dit : je n'en peux plus de ne pas être requis par un travail qui me reconnaisse. Il dit l'étrange fatigue de l'inutilité, cette usure paradoxale de devoir occuper une place vide, répondre à des attentes floues, rester disponible à presque rien. Il dit ce que coûte un travail qui ne demande pas assez pour que la personne puisse y déposer son intelligence, son énergie, son désir de bien faire.

Et l'organisation, là encore, se dérobe avec beaucoup d'aisance. Elle dira que la personne manque d'initiative. Qu'elle devrait être force de proposition. Cette expression mérite parfois une minute de silence. Être force de proposition dans un poste vidé, c'est un peu comme demander à quelqu'un de meubler une maison dont les murs auraient été retirés. Il faut une certaine audace pour reprocher à une personne de ne pas remplir le vide que l'on organise autour d'elle. Le bore-out oblige pourtant à regarder une vérité simple : priver quelqu'un de travail réel peut être aussi violent que lui en demander trop. Le travail n'est pas seulement une charge. Il est aussi une inscription. Une manière d'être utile, attendu, engagé dans quelque chose qui a une forme. Quand cette forme disparaît, la personne ne se repose pas. Elle se défait doucement.

Le brown-out, ou l'organisation qui désoriente

Le brown-out, enfin, révèle les organisations qui désorientent. Celles qui ne brûlent pas toujours les corps par excès, qui ne vident pas toujours les postes par manque, mais qui abîment plus subtilement le lien entre le travail et le sens. La personne continue de travailler. Elle accomplit les tâches. Elle répond aux demandes. Elle participe aux réunions. Mais quelque chose s'est éteint dans la relation intérieure au travail. Elle ne croit plus vraiment à ce qu'elle fait. Elle ne comprend plus ce que cela sert. Elle voit trop clairement l'écart entre les valeurs affichées et les pratiques réelles. Elle continue, mais avec une partie d'elle-même absente.

Le brown-out est peut-être l'usure de ceux à qui l'on demande de faire semblant que le sens est encore là. Il naît dans les organisations où les mots sont plus ambitieux que les actes. Là où l'on parle d'humain tout en pressurant les équipes. Là où l'on parle de confiance tout en contrôlant sans cesse. Là où l'on parle de responsabilité tout en retirant les marges de décision. Là où l'on parle de qualité tout en empêchant matériellement de bien travailler. Là où l'on parle de sens avec cette insistance un peu suspecte des lieux où le sens a déjà commencé à manquer.

Il ne faut pas sous-estimer la fatigue morale de l'incohérence. Travailler dans l'absurde n'épuise pas seulement l'énergie. Cela abîme la parole, le jugement, l'estime de soi. La personne ne sait plus très bien comment rester loyale sans se trahir.

Elle doit parfois défendre ce qu'elle ne comprend plus, appliquer ce qu'elle désapprouve, incarner une cohérence qu'elle ne retrouve pas dans les faits. Le corps peut tenir. Le cerveau peut continuer. Mais quelque chose dans la conscience se retire pour ne pas être trop atteint par la contradiction.

Le renversement nécessaire

Burn-out, bore-out, brown-out : trois mots utiles, donc, mais à condition de ne pas les laisser faire écran. Ils ne devraient pas seulement nommer les salariés brûlés, vidés ou désorientés. Ils devraient obliger à nommer les organisations qui brûlent, qui vident et qui désorientent. Voilà le renversement nécessaire. Tant que le diagnostic descend seulement sur les personnes, la prévention restera partielle. Élégante peut-être. Bien intentionnée souvent. Mais incomplète, donc insuffisante.

Il ne s'agit pas d'accuser par principe. Il s'agit de lire avec plus de courage. Une personne peut arriver au travail avec son histoire, son rapport au devoir, son perfectionnisme, sa difficulté à poser des limites, son besoin de reconnaissance, ses fragilités, ses loyautés parfois trop coûteuses. Cela existe. Cela compte. Mais cette personne rencontre un système. Une charge. Un management. Un collectif. Une culture. Des moyens. Des contradictions. Des silences. Des arbitrages absents. Des priorités qui changent. Des phrases qui rassurent et des pratiques qui démentent les phrases. La personne n'est jamais seule dans ce qui lui arrive, même lorsqu'elle tombe seule.

C'est pourquoi chercher seulement les signes de fragilité chez les salariés revient à regarder la fumée sans chercher le feu. Nous demandons aux individus d'apprendre à poser leurs limites, mais nous regardons trop peu les organisations qui ont intérêt à ce que ces limites restent molles. Nous conseillons le recul, mais nous regardons trop peu les environnements qui rendent le recul impossible. Nous parlons de prévention, mais nous touchons parfois à tout sauf au travail réel : les charges, les moyens, les marges, les objectifs, les délais, les dépendances, les conflits de valeur, les postes vides ou trop pleins.

La prévention devient alors une sorte de politesse institutionnelle. Elle montre que l'on se préoccupe. Elle installe des dispositifs. Elle ouvre des espaces d'écoute. Elle sensibilise. Elle forme. Tout cela peut être utile. Mais la question demeure : que fait-on de ce qui est entendu ? Que retire-t-on ? Que modifie-t-on ? Que cesse-t-on de demander ? Quel pouvoir redonne-t-on ? Quelle décision prend-on enfin ? Quelle contradiction accepte-t-on de nommer ? Quel renoncement organisationnel consent-on pour ne pas faire porter aux corps le prix de l'impossible ? Sans cela, l'écoute devient une salle d'attente du symptôme.

Qualifier les organisations avec la même précision que les personnes

Il faut donc apprendre à qualifier les organisations avec la même précision que nous qualifions les personnes. Dire qu'une organisation est carbonisante lorsqu'elle transforme l'engagement en combustible. Dire qu'elle est désertifiante lorsqu'elle vide les postes de leur substance. Dire qu'elle est désorientante lorsqu'elle affiche des valeurs qu'elle contredit dans les faits. Dire qu'elle est évitante lorsqu'elle laisse les individus porter ce qu'elle refuse d'arbitrer. Dire qu'elle est extractive lorsqu'elle prélève de l'énergie, de l'attention, de la loyauté et du soin sans reconnaître ce qu'elle consomme.

Ces mots peuvent sembler sévères. Ils sont pourtant plus honnêtes que certaines circonlocutions confortables. Ils ne sont pas faits pour insulter. Ils sont faits pour lire. La diplomatie n'oblige pas à parler flou. Elle oblige à parler juste sans perdre inutilement la possibilité d'être entendu. Une entreprise n'a pas besoin qu'on lui dise qu'elle est coupable par nature. Elle a besoin qu'on lui montre, avec une précision difficile à esquiver, où ses mécanismes deviennent pathogènes.

Car le pathologique, dans l'entreprise, n'est pas seulement l'excès visible. Il est aussi dans la répétition des évitements. Dans la manière de ne jamais trancher. Dans l'art de laisser les meilleurs compenser les absences de structure. Dans l'habitude de renvoyer aux personnes ce qui relève du cadre. Dans la célébration de la souplesse quand il s'agit surtout d'absorber l'impréparation. Dans les discours sur l'autonomie qui masquent parfois l'abandon. Dans les appels au sens qui évitent de donner du pouvoir d'agir. Dans cette étrange capacité à produire des dégâts humains tout en continuant à parler une langue irréprochable.

La langue irréprochable est parfois le dernier refuge des organisations qui ne le sont plus. Le réel, lui, a peu d'égards pour les éléments de langage. Il se loge dans les agendas, les effectifs, les charges, les marges, les priorités, les délais, les mails, les arbitrages, les réunions, les contradictions non résolues. C'est là que l'organisation dit vraiment ce qu'elle est.

La répétition comme acte d'accusation

À force de nommer les salariés, nous devons donc apprendre à nommer les milieux. Un salarié en burn-out ne révèle pas seulement son épuisement ; il peut révéler un milieu qui consume. Un salarié en bore-out ne révèle pas seulement son ennui ; il peut révéler un milieu qui désertifie le travail au point de laisser les compétences se dessécher sur place. Un salarié en brown-out ne révèle pas seulement sa perte de sens ; il peut révéler un milieu qui débranche progressivement la signification du travail tout en continuant à parler d'engagement, de valeurs et de cohérence.

Le « peut-être » demeure important. Il garde la nuance. Il empêche la condamnation automatique. Mais il ne doit pas devenir un refuge commode pour ne rien conclure. Lorsque les symptômes se répètent, lorsque les mêmes profils tombent, lorsque les mêmes services s'usent, lorsque les mêmes postes vident les personnes et que les mêmes discours ne convainquent plus personne, la prudence ne consiste plus à rappeler que chaque situation est singulière. Elle consiste à regarder enfin la série. La répétition est une donnée, et parfois, sous ses dehors statistiques, elle devient un acte d'accusation.

Non contre une personne en particulier, mais contre une mécanique. Contre une manière d'organiser le travail qui produit toujours les mêmes traces, puis s'étonne poliment de les retrouver sur les corps. Une entreprise peut ne pas vouloir nuire et nuire tout de même. Elle peut être remplie de personnes sincères, de managers épuisés, de responsables RH engagés, d'équipes loyales, de dirigeants convaincus de bien faire, et produire malgré tout des effets pathogènes. C'est même pour cela qu'il faut lire les mécanismes plutôt que chercher trop vite des coupables commodes.

Les mécanismes sont plus discrets, mais plus puissants. Ils permettent à chacun de ne pas se sentir entièrement responsable : la direction a ses contraintes, le management intermédiaire fait ce qu'il peut, les équipes tiennent comme elles peuvent, les RH accompagnent les dégâts, la santé au travail alerte, les représentants du personnel signalent, les salariés absorbent. Chacun voit un morceau. Mais l'ensemble, lui, continue. Et c'est précisément cet ensemble qu'il faut apprendre à nommer.

L'analyse doit devenir plus fine que l'indignation

Burn-out, bore-out, brown-out : trois mots pour trois formes d'usure, mais surtout trois occasions de faire remonter le diagnostic depuis le corps du salarié jusqu'au poste, au collectif, aux arbitrages, aux marges, aux silences, aux contradictions, et finalement à l'organisation elle-même. Car une organisation qui abîme n'a pas toujours l'air brutale. Une organisation qui épuise n'a pas toujours l'air violente. Une organisation qui se dérobe n'a pas toujours l'air lâche. Elle peut avoir de beaux documents, des procédures, des valeurs, des responsables sincères, des intentions correctes. Et pourtant produire, par ses mécanismes, un travail qui brûle, vide ou désoriente.

C'est là que l'analyse doit devenir plus fine que l'indignation. L'indignation repère le dommage ; l'analyse cherche la mécanique. Elle demande où cela commence, où cela se répète, qui compense, qui bénéficie du flou, qui paie le prix corporel des décisions reportées, qui porte la contradiction entre ce que l'on dit et ce que l'on fait, qui devient malade pour que le système puisse continuer à se présenter comme seulement exigeant. Ces questions ne sont pas confortables. Tant mieux. Une question confortable, dans ces matières, a rarement sauvé quelqu'un.

Les mots en out ont donc une utilité, à condition de ne pas leur demander d'être de petits pansements lexicaux posés sur des plaies organisationnelles. Ils ne doivent pas servir à ranger les salariés dans des catégories de fatigue. Ils doivent ouvrir des enquêtes. Ils doivent salir un peu les mains de l'organisation, non par plaisir de salir, mais parce qu'aucun travail sérieux ne se fait avec des gants blancs lorsque le réel est déjà abîmé.

Il faut parfois accepter que le diagnostic éclabousse. C'est même à cela que l'on reconnaît un diagnostic utile : il ne se contente pas de nommer celui qui souffre, il oblige aussi le milieu à se regarder. Le salarié n'est pas seulement la personne en difficulté. Il est parfois le révélateur vivant d'une organisation qui ne sait plus ce qu'elle fait à ceux qui la font tenir.

Alors oui, burn-out, bore-out, brown-out : trois mots modernes pour des souffrances anciennes, trois distinctions nécessaires lorsqu'elles permettent d'agir plus justement, mais surtout trois avertisseurs. Lorsqu'un salarié brûle, il faut regarder le feu. Lorsqu'un salarié se vide, il faut regarder le désert. Lorsqu'un salarié se débranche, il faut regarder ce qui a cassé le sens. Le reste est accompagnement de surface.

Et parfois, sous la surface très propre des mots, le travail réel demande seulement ceci : que l'organisation cesse enfin de se dérober à ce qu'elle produit.

Marlène BOURGEOIS

Service social du travail externalisé et coaching professionnel

https://www.cabinetmb-solutionssociales.fr
Précédent
Précédent

Fête des pères : faire honneur aux hommes qui apprennent à tenir deux places à la fois

Suivant
Suivant

Hypersensibilité: à cœur, à corps, encore